Los Puesteros
Introduction :
Nous étions sans nouvelles de Ramiro Anastasi, le directeur de l'école Las Avispas, ce qui ne nous disait rien qui valût.
Et pour cause, celui-ci a été remercié par les autorités compétentes. Le motif était son laxisme dans les horaires. Mais
quelque chose nous fait dire que son caractère assez rebelle et son gauchisme avéré en sont les véritables causes. Nous
avons dès lors convenu d'un rendez-vous avec la nouvelle directrice de l'école, Mme Silvia Jouas.
Pour rappel, Ramiro s'était battu pendant dix ans pour faire accéder les enfants des puesteros (paysans vivant dans des
"postes" disséminés autour de l'école de Agua de las Avispas, entre Mendoza et Potrerillos) à l'éducation. Pourquoi battu ?
Car pas grand monde ne semblait se soucier du sort de ces paysans perdus dans une zone semi désertique et qui, de surcroît,
ne s'entendaient pas entre eux. Le combat de Ramiro a donc été de convaincre les parents de laisser leurs enfants aller à
l'école - il a commencé à donner cours à cinq élèves - tout en combinant diverses activités pour resserrer les liens de la
communauté. Entre-temps, son projet se développe, avec de plus en plus de contacts entre les puesteros et une dynamique
extra scolaire assez impressionnante (pisciculture, potager, poulailler, élevage de lapins, chèvres, etc). Les élèves
étaient au nombre de 35 l'année dernière!
Et puis vint Repsol, une compagnie pétrolière espagnole active dans la région par le rachat de l'argentine YPF, qui offrit
une école flambant neuve à deux cents mètres de l'ancienne. Parfait ! Car cela allait permettre de véritablement transformer
l'ancienne école pour le projet de pisciculture et y développer le tourisme social qui allait assurer à la communauté
certaines rentrées financières. Seulement voilà. Repsol ne fait pas construire une nouvelle école sans que cela ne se
sache. Dès lors, le gouvernement, devant la publicité faite autour de l'école par Repsol dans la presse, n'allait pas
hésiter longtemps avant de " s'ajouter " au projet. Et c'est là que les ennuis de Ramiro commencèrent…
Visite du 28 mars :
Nous arrivons sur place en fin de matinée et faisons un rapide tour des environs pour constater que les bassins de
pisciculture sont vides, le potager a disparu, de même que les chèvres, le poulailler, etc. Seul le préau, offert par
Aconcagua en 2004, subsiste, ainsi que la vieille école, qui est maintenant habitée par une famille.
Nous montons ensuite à la nouvelle école où nous reçoit la nouvelle directrice, bien qu'ayant oublié que nous avions
rendez-vous. Comme nous le craignions, elle semble peu au courant des projets d'éducation, nous informant par ailleurs que
toutes les bêtes ont disparu et que l'entente entre les puesteros est loin d'être cordiale. Elle nous fait faire la visite
de l'école et certains élèves reconnaissent Renaud. Par contre, on ne retrouve plus dans le personnel qu'une seule
enseignante de l'ancienne équipe. Même le concierge a changé. On constate également la présence moins nombreuse des élèves :
ils sont 22 inscrits à ce jour.
La directrice nous avoue être un peu perdue dans un monde qu'elle ne connaît pas. Nous lui proposons donc de lui laisser
le temps de s'installer avant de voir s'il est possible de continuer le projet de tourisme social. Nous restons donc en
contact, en lui proposant de faire confectionner des coupe-vents chauds pour les 22 élèves car les distances à parcourir
peuvent être assez longues - parfois jusqu'à une vingtaine de kilomètres à cheval, à vélo ou à... pieds! - et l'hiver
rigoureux. Elle accepte cette idée avec enthousiasme, de même que le projet d'échange épistolaire avec des élèves du même
âge de l'école St-Michel à Esneux, comme c'est déjà le cas avec des jeunes du Centre Esperanza et des élèves d'une école de
Jocolí chapeautée par l'UST. J'avais oublié de vous en parler lors des comptes-rendus UST et Esperanza, c'est maintenant
chose faite.
Conclusion :
Nous restons en contact avec la directrice pour voir quelle tournure les choses vont prendre mais nous ne cachons cependant
pas notre pessimisme. En effet, le véritable moteur du projet était Ramiro, et la nouvelle directrice ne semble avoir ni
les compétences et savoirs requis, ni la motivation nécessaire. L'avenir le dira.
Les coupe-vents vont être confectionnés à Mendoza par Koki, un ami de Renaud, dépositaire de la marque Bio-Bio. Ils sont
réalisés à prix coûtants et sont déjà payés (2500 pesos). Koki les apportera à l'école à la fin de ce mois. Les réponses
aux lettres des élèves St-Michel nous parviendront - l'espère-t-on - dans le courant du mois de mai, ce qui pourrait
signifier que tout n'est pas perdu.
Cependant, pour rester actifs dans cette zone, nous avons accepté un projet culturel dans le village de Potrerillos, situé
à une vingtaine de kilomètres de l'école de Las Avispas, distance tout à fait raisonnable à l'échelle argentine. Il s'agit
d'un projet d'Espace Vert et Culturel visant à "se réapproprier" le nouveau village de Potrerillos par ses habitants, qui
furent déplacés voici maintenant quatre ans, l'ancien village étant maintenant sous eau. Mais ceci fera l'objet d'un autre
compte-rendu.